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(suite)
« Nous les patriotes
haïtiens, nous nous reportons toujours aux grands souvenirs historiques
qui planent sur notre naissance et se rattachent à un fait unique,
admirable, sublime, inoubliable, celui d’un groupe d’hommes appartenant
à une race jugée méprisable et inférieure, qui un jour se soulevèrent,
résolus et courageux pour conquérir leur liberté, livrés à leurs
seules forces et sans aide ni soutien, réussirent à vaincre leurs
oppresseurs. Devenus maîtres de ce coin de terre témoin de leurs
souffrances, ils l’ont érigé en pays libre, l’ont organisé en État
indépendant et autonome, au milieu de l’hostilité ouverte ou sourde
des autres grandes nations chargées de siècles, pour finalement
imposer à tous la reconnaissance et le respect du fait accompli,
au nom du droit humain, de la liberté, de la dignité humaine outrageusement
violés.» Ces guerriers ont été infatigables, chevaleresques, brillants
stratèges, fougueux, hautains devant la mort et portés par le slogan
liberté ou la mort, tels ils resteront devant l’histoire émerveillée.
L’œuvre qu’ils ont réalisée est surhumaine et unique dans l’histoire
ancienne et moderne.
Le 2 avril 1770, c’est la naissance
d’un génie qui marquera d’une empreinte indélébile l’histoire universelle.
Dame Ursule (une noire) met au monde à Port-Au-Prince Alexandre
fils d’un colon français (Pascal Sabès). Elle vient d’offrir à la
nation qui naîtra et à l’humanité la gloire la plus pure de la race
noire qui dédiera sa vie de façon rectiligne pour la libération
de sa race.
Deux mois plus tard, un tremblement
de terre transforme la ville de Port-au-Prince en amas de décombres.
Transie d’horreur face à cette catastrophe et tremblant d’effroi,
dame Ursule lance un appel désespéré pour secourir le bébé endormi
dans son berceau sous les débris. Les hommes et les femmes sont
figés devant un spectacle aussi dangereux et terrifiant. À la surprise
générale la nourrice (une autre noire) se précipite au risque et
péril de sa vie, pour affronter la maison encore chancelante et
rapporter dans ses bras protecteurs le petit « Sansandre sain et
sauf ». Ce geste courageux va façonner le caractère de ce bébé.
Devenu adulte, bon, humble, reconnaissant et fier, il choisira le
nom Pétion en hommage à Pétion de Villeneuve qui fut membre de la
Convention et des amis des noirs.
Orfèvre de profession, Pétion s’enrôle
dès l’âge de dix-huit ans dans les chasseurs de la milice à l’Académie
Militaire de Paris. À partir de cette période, il va se faire remarquer
pour son courage, son dynamisme, son sens aigu de l’unité et sa
magnanimité par les membres des confédérés et les hommes de Beauvais
qui s’étaient révoltés en août 1791 pour réclamer leurs droits politiques.
Il s’est démarqué à maintes reprises aux cours de divers combats
tant par sa générosité que par son ardeur. Il a fait ses preuves
sous le commandement des précurseurs de la lutte de l’indépendance
nationale, André Rigaud, Toussaint Louverture et Beauvais (ce dernier
était à Savannah lors la guerre de l’indépendance des États-Unis).
En apprenant la nouvelle du rétablissement
de l’esclavage par un fugitif venu de la Guadeloupe, il va allumer
le flambeau incandescent de la résistance et sonner l’alarme au
son de Vivre libre où mourir le 13 octobre 1802. Pour avoir refuser
l’offre d’amnistie du général français Lavalette, en lui répondant
qu’il est arrivé trop tard dans un monde trop vieux car le front
uni est déjà enclenché, sa tête est mise à prix pour cinq cents
Portugaises par le général français Rochambeau. Le 18 mai 1803 c’est
la création du drapeau bleu et rouge, symbole mobilisateur de l’Unité
Nationale pour les patriotes haïtiens, depuis cette date jusqu’à
aujourd’hui.
Pendant que Pétion apprend à marcher
à la fille aînée de la révolution française de 1789, il jette les
bases d’un État moderne devançant de loin des peuples ayant plusieurs
siècles de civilisations. En visionnaire, il va dresser pour le
pays toutes les structures qui symbolisent une nation en devenir.
Parmi ce train de mesures citons la rédaction d’une constitution
exemplaire, l’abolition de l’esclavage, la création du drapeau d’Haïti,
bleu et rouge à l’horizontal sur lequel s’inscrit le vivifiant «
L’UNION FAIT LA FORCE », un parlement bicamérisme, la liberté de
presse, une armée républicaine, une fonction publique structurée
à responsabilité légale, la nationalité haïtienne à tout Africain,
Indien et ceux issus de leur sang, nés dans les colonies ou en pays
étrangers, les fondements d’un accord pour la reconnaissance d’Haïti
par la France, le tout consolidé par sa belle œuvre agraire.
Pétion est également connu comme
étant le père du panaméricanisme malgré les ennemis intérieurs et
extérieurs; il a allumé le flambeau de l’union latine en tendant
une main fraternelle à Simon Bolivar. Grâce à Pétion, Haïti peut
revendiquer d’être l’autoroute empruntée par les héros de l’Amérique
latine du Sud et du Centre, pour vaincre les colons Espagnols du
Mexique au Brésil, en imposant une seule condition à Bolivar, celle
de la libération des esclaves.
Nous avons tant besoin des inspirations
d’ Alexandre Pétion pour qu’enfin notre pays reprenne sa place dignement
dans la communauté des nations. Car la patrie de Pétion doit demeurer
un phare pour tous les pays nègres de la planète comme il l’a tant
voulu en façonnant la démocratie Haïtienne. Force nous est de constater
qu’il a été rectiligne en ce qui concerne la libération des noirs.
Il a juré en fondant la nation haïtienne de respecter l’indépendance
de notre pays, de défendre les principes humanitaires, de promouvoir
la démocratie dans le même esprit de liberté pour tous sans distinction.
Alexandre Pétion a porté ce rêve au-delà de nos frontières et ce,
toujours en comptant uniquement sur ses propres forces. Haïti ne
mourra pas car Alexandre Pétion le père de la nation haïtienne,
la gloire la plus pure de la race noire est immortel.
Le premier janvier 1804 Alexandre Pétion a adressé un message trilatéral
aux trafiquants du circuit triangulaire de la planète :
- À nos ancêtres colons blancs
il annonce que l’esclavage est à jamais aboli.
- À nos ancêtres africains il
proclame « ne vendez plus vos fils car nous allons les libérer.
- Au peuple haïtien il déclare
« nous sommes à partir de ce jour une terre de refuge pour tous
les enfants d’Afrique et Indiens partout sur la planète qui subissent
l’opprobre des colons ».
Quand Pétion mourût, noirs et mulâtres
s’associèrent pour l’embaumer de leurs larmes (L.J.J p.152). Du
tombeau de Pétion semblait sortir une voix qui disait ; « En politique,
il faut compter sur les institutions et jamais sur les hommes. (Edgar
La Selve p. 196)
Nos références
: Dr François Dalencour dans « Alexandre Pétion devant l’Humanité
» ; Louis Joseph.- Janvier dans « les constitutions d’Haïti tome
I et II ; Étienne D Charlier dans «Notes sur la Formation historique
de la nation Haïtienne» ; Edgar La Selve dans « La République d’Haïti,
ancienne partie de St-Domingue
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