C’est
vers la fin des années 1960 que Jacques Saint-Amand est disparu.
Jusqu’à aujourd’hui, personne ne connaît les circonstances exactes
de son assassinat par les macoutes de Duvalier, ni l’endroit où
il repose.
On suppose
que pendant ses études à Paris il a rencontré les membres du PUCH,
avec lesquels il aurait développé des liens, compagnons de lutte
portés par les mêmes courants révolutionnaires. Inspiré par l’effervescence
et les idéaux qui régnaient alors en Europe et qui conduiraient
aux célèbres événements de mai 68, animé du désir de voir son
pays enfin libéré du joug des Duvalier, Jacques rentre au pays,
avec toute la fougue de sa jeunesse, ses espoirs de liberté et
son amour du pays. Il plonge alors dans la clandestinité, comme
tant et tant de jeunes l’ont fait avant lui et devront continuer
à le faire par la suite, parce que le danger est partout, que
les macoutes sont puissants et les traîtres, nombreux.
Un jour,
une jeune femme sonne à la porte de M. et Mme Saint-Amand, les
parents de Jacques et leur annonce que leur fils a été arrêté.
La famille s’effondre : elle ignorait le retour de Jacques, le
croyait toujours à Paris. La jeune femme, porteuse de la triste
nouvelle, indique qu’elle a trouvé la photographie de Jacques,
celle-là même que vous regardez aujourd’hui, dans un endroit qui
ne laisse aucun doute sur le sort du jeune homme. Elle s’en empare
en cachette, cherche un endroit sûr pour la dissimuler. « Je l’ai
mise dans ma culotte » avoue-t-elle à Mme Saint-Amand, « j’étais
persuadée que c’était la seule façon de ne pas me faire prendre
et de pouvoir vous la rendre. »
Atterrés,
les parents de Jacques remuent ciel et terre pour retrouver leur
fils. Commence alors un jeu cruel, auquel des milliers de mères
éplorées se sont prêtées sous la dictature, croyant permettre
à leurs enfants chéris de survivre: pendant des mois, sinon des
années, Mme Saint-Amand a payé les tortionnaires avec l’espoir
que Jacques était bien là, couché au fond d’une cellule, invisible,
c’est vrai, mais toujours vivant. Pendant des mois, sinon des
années, en vain.